samedi 19 août 2017

Quand on aura le temps - Cédric Bonfils

Editions l'Harmattan Jeunesse, 2017.

  Une route en Picardie, une aire de repos, un village. Une enfant sort d'une caravane et avance dans le champ voisin. Un enfant du village l’aperçoit de sa fenêtre, et, curieux, va à sa rencontre. Enfant du voyage et enfant sédentaire, tout les oppose: leurs origines, les choix de vie de leurs parents, et plus encore, les préjugés... Auront-ils le temps d'être amis?

 Cédric Bonfils, après une formation au département d'écriture dramatique de l'ENSATT de 2003 à 2006, anime aujourd'hui des ateliers d'écriture, de théâtre, et de lecture à voix haute, ainsi que des formations pour les professionnels. Il travaille régulièrement auprès d'un public défavorisé.
Il tient le blog Le divers et l'absolu.


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  J'ai évoqué précédemment ce titre dans un article un peu spécial (ici), qui rappellera comment il m'est tombé dans les mains. Il faut dire qu'on a - ou en tout cas que j'ai moi-même - peu l'occasion de lire du théâtre contemporain. On découvre les classiques au lycée et s'ils gagnent souvent une place dans nos cœurs de lecteurs, on oublie que l'écriture de la dramaturgie ne s'est pas arrêtée à Shakespeare ou Edmond Rostand, aussi parce que le théâtre actuel n'est souvent diffusé sous sa forme imprimée que dans des milieux très restreint (professionnels, arts du spectacle ou cercles purement pédagogiques). Je suis, il est vrai, le premier à dire qu'une pièce est rédigée avant tout pour être jouée mais, fort heureusement, il en existe encore qui n'ont pas besoin d'être finalisée d'une représentation pour qu'on puisse apprécier la beauté du texte. Quand on aura le temps est de celles-là.

  Sur une aire d'accueil de gens du voyage limitée à 24 heures, une jeune fille sort de sa caravane, s'amuse à prendre des photos avec son téléphone. Un jeune garçon du village voisin l'aborde, elle l'ignore. Il insiste, elle le fuit. Tenace, curieux, le garçon ne cède pas mais se trouve pris à son propre piège lorsque sa pertinente interlocutrice lui retourne ses questions : qui est-il, d'où vient-il, pourquoi n'est-il pas à l'école? Il semble sage, presque trop, tandis qu'elle est effrontée, sur ses gardes. Pourtant, au fil des différents décors et recoins secrets qu'elle s'est appropriés depuis son arrivée sur l'aire de caravanes, tous deux vont apprendre à s'ouvrir l'un à l'autre.


  Construite en cinq scènes et un seul acte, cette courte pièce se concentre autour du dialogue animé de deux enfants que tout oppose : lui, l'enfant du village, enfant sédentaire et 'ordinaire', et elle, l'enfant du voyage, celle qui est autre. La discussion qui s'amorce, derrière son caractère simpliste et innocent, met en scène une véritable confrontation des cultures et du percevoir le monde, au cours de laquelle l'enfant du voyage, sans qu'on en prenne tout de suite conscience, ouvre le jeune garçon et le lecteur/spectateur à sa philosophie.

  La force du dialogue réside dans les petits riens qui veulent dire beaucoup et tout ce que le texte et les personnages transmettent entre les lignes. En s'inspirant de son expérience d'ateliers d'écriture auprès de collectivités de gens du voyages, Cédric Bonfils nous livre un texte très profond sur la différence, l'éphémère et la naissance d'une histoire entre deux êtres. Un récit avec lequel on prend la mesure du temps et qui nous fait méditer, raconté dans une nature omniprésente qui rappelle les films de Jean Becker.

En bref: Une pièce de théâtre à la fois épurée et profonde, qui aborde avec fraîcheur et poésie la rencontre entre culture manouche et univers sédentaire. Très abordable pour le lectorat jeunesse et le milieu pédagogique, elle sera tout aussi pertinente pour les lecteurs adultes. A découvrir et à faire découvrir.

dimanche 13 août 2017

Thrice Burned (Portia Adams adventures #2) - Angela Misri

Fierce Ink Press, 2015.

  Portia vient tout juste de découvrir que sa tutrice récemment nommée, Mrs Jones, non contente d'être en réalité la célèbre aventurière et ennemie numéro 1 Irène Adler, est également sa grand-mère. Et comme si cela ne suffisait pas, la jeune fille a appris simultanément que Sherlock Holmes était nul autre que son grand-père paternel, secret emporté dans la tombe par sa défunte mère.
  Pour éviter broyer du noir à la suite de ces révélations, Portia se plonge à corps perdu dans de nouveaux mystères, dont le vol annoncé d'une statue antique et la disparition de jeunes filles à Whitechapel. En enquêtant sur une série d'incendies criminels, elle rencontre la jeune journaliste Annie Coleson, qui lui propose un échange de bons procédés : Si Portia accepte de lui donner la primeur des informations concernant ses investigations, Annie veut bien lui révéler des indices qui peuvent les aider à retrouver la trace du pyromane. Malgré des débuts difficiles, les deux jeunes filles deviennent amies et Annie garde le secret de l'identité de Portia dans la presse, évoquant seulement l'intervention d'un certain détective consultant du nom de P.C.Adams. Mais c'est sans compter l'apparition rapide d'un usurpateur, qui risque de détruire la réputation de la jeune enquêtrice et la pousser à révéler sa véritable identité...

Si vous jouez avec le feu, vous risquez fortement de vous bruler...

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  Quel plaisir de retrouver le petit monde holmesien de Portia Adams après le très prometteur premier volume! Fidèle aux recueils de nouvelles typiques de Conan Doyle, Angela Misri propose une nouvelle compilation de trois courts romans policiers suivant son héroïne, la jeune Portia Adams, descendante de Holmes et Watson dans le Londres des années 30. Comme dans l'opus précédent, si chaque récit a son histoire propre, l'auteure continue de distiller en toile de fonds des axes narratifs qui s'inscrivent dans la longévité de sa série et la rendent d'autant plus addictive!


  On aurait en effet pu craindre que le soufflé ne retombe après les révélations faites à la fin du premier volume, mais c'est sans compter le talent de l'auteure Angela Misri, qui se plait à créer de nouveaux personnages et à broder autour d'eux, souvent pour notre plus grande surprise! C'est le cas avec l'apparition de la journaliste Annie Coleson, particulièrement tenace et décidée à découvrir le secret de Portia : d'abord présentée comme ennemie potentielle, elle se dévoile peu à peu au point de devenir la plus fidèle amie de l'héroïne, et un personnage très attachant. Attachant au point de bousculer le petit monde du 221b Baker Street, puisqu'elle est loin de laisser insensible le jeune agent Brian Daws, qu'on rêvait jusqu'ici parfait prétendant pour Portia. Cette dernière tente de noyer les questions qu'elle se pose quant à leur relation en s'investissant totalement dans ses investigations, et se rapproche un peu plus de Gavin Withaker, étudiant en médecine qui lui vient ponctuellement en aide.
  Côté enquête, Portia tente d'apprendre un peu plus de la méthode de Sherlock Holmes pour perfectionner ses techniques d'investigation, et réunit sa propre bande de Baker Street Irregulars avec un petit groupe de gamins des rues qui lui sera d'une aide précieuse. Investigations qui prennent progressivement des allures plus officielles : même le sergent Michael de Scotland Yard, autrefois réfractaire à son activité de détective amateur, commence à faire appel à ses lumières... 

 Lancaster House

  Si la qualité des récit est parfois inégale, la réussite de la série se maintient donc dans les intrigues plus intimes et les relations entre les protagonistes qui s'écrivent en superposition des histoires policières. Angela Misri confirme ainsi ce qu'elle laissait promettre dans le précédent volume, à savoir un véritable intérêt au delà de l’œuvre de Doryle, pour laquelle elle constitue davantage un hommage. L'autre plaisir des Portia Adams adventures est de nous plonger dans une époque alléchante et des décors attrayants, deux éléments pour lesquels l'auteure s'est abondamment documentée. Outre son affaire de pyromanie inspirée d'un véritable fait divers criminel, elle nous entraine ensuite dans le cadre de la fastueuse Lancaster House -à l'époque véridique annexe du British Muséum- pour le vol d'une nom moins véridique statue antique... Le tout contribue à bonifier l'ambiance globale.
  Et tout comme le dénouement du précédent recueil, ce second volume se termine sur un coup de théâtre des plus palpitants...

La statuette qui a inspiré l'auteure.

En bref: Avec son mélange de romance, d'anecdotes historiques, et d'enquêtes menées tambour battant, ce second tome des Portia Adams adventures confirme son potentiel. Vivement le troisième (oh, et au risque de me répéter, vivement une édition française)!

 L'actrice Cathy McGrath, 
qu'aime à visualiser Angela Misri pour son personnage de Portia...

Et pour aller plus loin...

samedi 12 août 2017

Gourmandise littéraire : Un repas italien avec Miss Fisher.



  Dans la série des Folles enquêtes de Phryne Fisher, également connue sous le titre de Miss Fisher enquête! depuis son adaptation en géniale série télévisée, Kerry Greenwood restitue tout le charme voluptueux et pétillant des années folles, y compris le faste des bonnes tables. Dans le tome 3, Trafic de haut vol, notre détective très émancipée est amenée à interroger un artiste peintre pour les besoins de son enquête. Parce qu'il n'est pas insensible au charme de la jeune femme, il l'invite dans un charmant petit restaurant italien installé dans une pittoresque cave à vin en plein Melbourne!

 Murder & mozzarella 
 (Miss Fisher murder mysteries, saison 3, ep3)

"Trois serveurs escortèrent Phryne à une table avec cérémonie. Après l'avoir débarassée de son manteau, ils apportèrent une bouteille et deux verres, du Lambrusco, un vin rouge pétillant de la vallée du Po. Exactement ce qu'il fallait pour une soirée glaciale (...). Guiseppe déposa un plat d'étranges pâtes vertes, mélangées à de l'huile d'olive, des olives, des foies de poulet, des oignons et des champignons. Ça sentait tellement bon."

Trafic de haut vol (Les folles enquêtes de Phryne Fisher #3),K.Greewood, éditions 10/18, 2006, chapitre 6.

  Si les pâtes constituent l'élément le plus symbolique de la cuisine italienne, certaines recettes moins connues sont toutes aussi typiques de la Botte! Outre les traditionnelles pastas du plat servi à Phryne, c'est avant tout une recette de Foies de Volaille à la vénitienne (aussi appelée foie de volaille à l'italienne ou à la toscane), une façon originale et raffinée d'accommoder ces deux aliments. Si vous vous y connaissez en recette de pâtes fraîches (et que vous possédez tout l'attirail nécessaire -machine, robot...- pour les faire), n'hésitez pas à confectionner vos propres pâtes vertes, souvent colorées à base d'épinard. Bien évidemment, à défaut de les préparer vous même et pour gagner un temps considérable, il est possible d'en acheter en épicerie italienne ou magasin bio.

 

Ingrédients (pour trois personnes):

-300g de foies de volaille (sous-vide),
-300g de pâtes vertes,
-1 oignon rouge, émincé,
-huile d'olive,
-vin blanc,
-vinaigre de framboise,
-1 gousse d'ail, émincée,
-pulpe ou purée de tomate,
-120 g environ de petits champignons de Paris en conserve,
-olives noires dénoyautées et grossièrement hachées,
-feuilles de basilic frais,
-sel et poivre.

A vos tabliers!

-Mettez sur le feu une grande casserole d'eau salée. Lorsque l'eau commence à frémir, ajoutez-y une cuillère à soupe d'huile et les pâtes. Laissez les cuire environ 8-9 minutes avant de les égoutter.
-Pendant ce temps, faites revenir dans une cuillère à soupe d'huile l'oignon émincé. Lorsqu'il commence à dorer, versez trois cuillères à soupe de vin blanc puis remuez jusqu'à ce qu'il soit évaporé.
-Ajoutez les foies de volailles (vous pouvez les émincez au préalable si vous considérez les morceaux trop gros). Laissez cuire trois minutes.
-Profitez-en pour faire la sauce tomate: faites revenir dans une petite casserole l'ail émincé, arrosez-le de vin blanc. Une fois évaporé, versez la pulpe de tomate, les champignons et les olives. Salez, poivrez, retirez du feu et réservez.
-Une fois les foies bien dorés, déglacez-les au vinaigre de framboise, salez, poivrez.
-Servez dans chaque assiette les pâtes parsemées de morceaux de foies de volaille, le tout nappé de sauce aux champignons et aux olives. Décorez de basilic.


Savourez ce plat entre deux chasses à l'assassin, accompagné d'un verre de lambrusco!


Et pour aller plus loin...

jeudi 3 août 2017

Premier amour, un conte gothique - Joyce Carol Oates

First love : a gothic tale, Ecco, 1996 - Editions Acte Sud (trad. de S.Porte), 2006 - Editions Philippe Rey, 2015.

  Elle a onze ans et se retrouve par un été humide et chaud dans l’immense maison de sa grand-tante Ester, « la maison du Révérend » à Ransomville, un bourg de campagne « où tout le monde va à l’église mais où personne ne croit en Dieu ». Négligée par sa mère qui s’est séparée de son mari pour des raisons non avouées, la petite fille, isolée et sevrée d’affection, est fascinée par son cousin Jared, 25 ans, étudiant en théologie, un être mystérieux et d’une cruauté raffinée.
  Dans ce désert des âmes et des sentiments, que hantent un grand serpent noir, un vautour prédateur et des portraits de Jésus, Josie se laisse emmener par le diabolique Jared au bord du crime et d’une sordide histoire d’amour – dont seule une Joyce Carol Oates, au plus efficace de ses talents de magicienne, pouvait la sauver.

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  Après Sexy, j'avais hâte de découvrir un autre récit de la talentueuse Joyce Carol Oates. De toute sa bibliographie, j'ai une fois de plus choisi un de ces titres les plus dérangeants...



  Pour des raisons qui lui sont inconnues, Josie, âgée d'une dizaine d'années, suit sa mère qui abandonne le domicile conjugal. Sans ressource, la femme fraichement divorcée entraine avec elle sa fille dans la maison de sa tante Esther, matriarche par excellence qui habite dans la demeure de son défunt mari, la "maison du révérend". Car telle est la vocation des hommes de chaque génération. Jared, 25 ans, fils d'Esther et cousin éloigné de Josie, n'échappe pas à la règle : récemment entré au séminaire, ce jeune garçon impassible aux chemises impeccables fait la fierté de la famille et de toute la petite bourgade. Josie, elle, se sent attirée tel un papillon vers la lumière par son mystérieux cousin, qui exerce sur elle une dangereuse fascination. Un jour qu'elle se retrouve en tête à tête avec lui au bord de la rivière, il l'initie dans le plus grand secret à des jeux et des mœurs d'un genre particulier... 
  Très vite, partagée entre désirs et craintes, Josie sombre dans une spirale infernale qui l'invite à répéter elle-même les actes dont elle s'est fait la victime consentante... Y trouvera-t-elle une issue?

  De nouveau un titre trompeur, à moins qu'il ne recèle une énigme. En fait d'amour, il y a cette fascination quasi morbide que Josie, presque adolescente encore pétrie des pensées magiques de l'enfance, aime à confondre avec un sentiment plus fort. "Conte gothique", le sous-titre oublié sur la couverture, en dit plus sur l'esprit de ce récit entre roman et nouvelle : le style, onirique et entêtant, laisse s'insinuer lentement une tension, une angoisse qui va croissante.

  Et c'est tout le talent de cette plume propre à Joyce Carol Oates qui rend le récit entendable: elle aborde une fois encore une réalité que la Belle Amérique puritaine se refuse à voir et que le lecteur bien pensant ne peut même pas imaginer. Aussi fallait-il tout son talent de conteuse pour nous aider à regarder en face ces schémas humains et leurs monstruosités ordinaires, qu'elle évoque ici dans l'écrin d'une nature sauvage omniprésente et symbolique.

 "Si tu pénétrais dans le marais, tu livrais ton corps. Tu n'étais plus toi-même, tu avais pour nom toi, elle, petite. Tu étais entourée d'imperceptibles bruits de succion. De grognements de crapauds. Pareils à des grognements d'homme - tu avais entendu des hommes grogner et ahaner, ahaner et grogner, il y a longtemps de cela, alors que tu n'étais pas censée écouter. Tu savais ce que c'était, déjà en ce temps-là : la pulpe animale cherchant à s'extraire de force de son carcan. Suintant, bouillonnant, jaillissant enfin."

  Car dans l'atmosphère faussement dévote d'une petite ville américaine moite et ennuyeuse, c'est la figure du Sauveur en chemise amidonnée qui dissimule le vrai visage de grand méchant loup. Mais Oates va encore plus loin en plaçant face au Monstre une martyre volontaire d'une dizaine d'années et en évoquant l'impensable : son éducation au sadisme. Josie, enfant solitaire qui cherche un sens à sa vie, a malheureusement trouvé Jared. Mais comme souvent chez Joyce Carol Oates, on s'approche avec ses personnages au bord du gouffre, on joue très dangereusement avec l'équilibre, puis on se rappelle notre libre-arbitre. Et c'est d'ailleurs une fois encore le salut qu'elle offre à son héroïne.



En Bref : Puritanisme, vanité, et faux-semblants se confrontent avec brutalité à la fin de l'enfance dans ce récit d'apprentissage violent et capiteux. Un conte poétique et immoral à la fois qui ne peut laisser le lecteur indifférent.

lundi 31 juillet 2017

Great news!

  Chers amis, blogueurs, lecteurs,


  Il y a quelques temps, j'ai par deux fois fait allusion à une grande nouvelle dont j'avais promis de vous parler. Certains auront remarqué les quelques illustrations ou gribouillages en cours parfois postés dans mes articles saisonniers, et d'autres auront vu la BD librement adaptée de Fantômette que j'avais présentée en Octobre dernier. Eh bien cette BD a fait du chemin et a convaincu un éditeur de me proposer un contrat d'illustration! J'ai ainsi illustré la couverture d'une pièce de théâtre jeunesse écrite par Cédric Bonfils, auteur dramatique diplômé de l'ENSATT, poète et animateur d'ateliers d'écriture. Intitulée Quand on aura le temps, elle paraîtra aux éditions de l'Harmattan le 15 août prochain.


  J'ai été conquis par le texte, ce qui n'a fait que doubler le plaisir de l'illustration et ce bien que l'histoire se réclame d'un univers que j'ai rarement mis en images. Je regrette seulement le résultat imprimé, aux couleurs très saturées, bien loin des teintes originales que j'avais pourtant travaillées avec application. J'espère les prochains tirages plus fidèles...


  Bien évidemment, je vous présenterai l'ouvrage en question dans un article ultérieur. En attendant, je partage avec vous le dessin original et quelques aperçus des rushs proposés à l'éditeur (cliquez pour voir en grand).



dimanche 30 juillet 2017

Si j'étais ministre de la culture - Carole Fréchette, illustrations de T.Dedieu.

HongFei culture édition, 2017.




  Et si j’étais ministre de la Culture? Que ferais-je pour que tous réalisent l’importance de la culture dans nos vies?
   Véritable appel à l’action, le texte, appuyé des illustrations mordantes de Dedieu, est un cri du cœur pour l’humain.





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  "Il faut absolument que tu lises ça", me dit l'autre jour ma libraire préférée en me mettant dans les mains cette petite pépite. Cet album, à la fois très grand et très court, reprend le manifeste présenté par l'auteure de théâtre Carole Fréchette lors des élections québécoises de 2014 : un texte à la portée universelle et intemporelle.



  Si j'étais ministre de la culture est un récit ironique et engagé qui vient dénoncer que la Culture est le premier domaine impacté dès qu'il s'agit pour l'Etat de faire des économies. Inutile, la culture? Carole Fréchette, avec son ton unique et incisif, vient ainsi rappeler que la culture, loin d'être une entité floue, imprécise, élitiste et dispensable, est présente dans tous les espaces de notre petit quotidien, et qu'en faire l'économie revient à appauvrir considérablement nos possibilité d'ouverture d'esprit et de découverte.

  A faire lire à partir de 9 ans ou à lire soi-même jusqu'à ses 99 ans, ce texte très accessible et impeccablement mis en images par Thierry Dedieu est à remettre entre toutes les mains. A diffuser dans votre école, à montrer à votre bibliothécaire, bref, à faire connaître pour participer à véhiculer son message et aider à la survie des Arts et des Lettres.



En bref : Un album plein d'humour profondément engagé qui vient rappeler que tout est Culture et que, sans elle, il ne nous reste pas grand chose.

Jewel of the Thames (Portia Adams adventures #1) - Angela Misri

Fierce Ink Press, 2014.

  Toronto, 1930. Agée de 19 ans, Portia Adams a toujours fait preuve de perspicacité, soit le meilleur talent pour résoudre une enquête. Lorsque sa mère décède, la jeune fille se trouve placée sous la garde de l'extravagante Mrs Irène Jones, une amie de sa défunte grand-mère qu'elle ne connaissait encore pas la veille. Mais à peine a-t-elle le temps de creuser ce mystère que sa nouvelle tutrice l'emmène s'installer à Londres, où la jeune fille découvre qu'elle a hérité du... 221b Baker Street - les anciens locaux de Sherlock Holmes et de feu le Dr Watson, qui s’avérait être ni plus ni moins que son grand-père!
  Portia s'installe dans cette nouvelle vie et créé rapidement des liens avec les Daws, qui vivent dans les anciens appartements de Mrs Hudson, et en particulier leur charmant fils Brian, agent de police récemment promu à Scotland Yard. Parce que sa réputation familiale la rattrape très vite mais aussi parce que des talents de détective doivent persister dans ses gènes, la jeune fille ne tarde pas à se pencher sur les cas qui laissent la police londonienne perplexe, et se trouve ainsi mêlée à plusieurs affaires. Mais le plus grand mystère de tous reste celui de ses origines : Comment en est-elle venue à hériter de cette maison en ville? Pourquoi sa mère ne lui a-t-elle jamais rien dit de sa prestigieuse ascendance?  Portia est par ailleurs persuadée que Mrs Jones en cache plus qu'elle ne le laisse croire...

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 10 things about Portia : trailer pour la sortie du livre en VO.

  Le personnage de Sherlock Holmes a entraîné à sa suite de multiples adaptations et réinterprétations de l'univers créé par Conan Doyle. Des premiers pastiches (comme ceux présentés dans ce savoureux recueil) aux Exploits de Sherlock Holmes racontés par le propre fils de Conan Doyle en passant par les préquelles ou réappropriations récentes (certaines racontant sa jeunesse ou d'autres mettant en scène une sœur cadette fictive), la mythologie holmesienne a donné naissance à des rejetons plus ou moins légitimes, avec plus ou moins de réussite. Il est en effet rare de trouver la pépite parmi ces nombreux écrits : celle qui parvient à rendre hommage à son géniteur tout en prenant une vraie autonomie et sa propre pertinence vis-à-vis de l'univers de Doyle... on peut donc tout craindre de cette Portia Adams, et pourtant, c'est probablement l'une des réappropriations plus enthousiasmantes qu'il m'est été données de lire!


  Pourquoi? Tout d'abord parce que l'auteure prend un point de départ bien éloigné du Londres de Conan Doyle : en démarrant son histoire à Toronto dans les années 30 avec une jeune héroïne de 19 ans, on est loin de songer au détective à la pipe, si bien que si le lecteur n'a pas prit connaissance du résumé, la plongée dans l'univers holmesien est véritablement une surprise! Héritière inattendue du Dr Watson, Portia, tout comme le lecteur, appréhende cette nouvelle avec curiosité et fascination, découvrant par petites touches ce qui la relie à son aïeul au fil des révélations faîtes au compte-goutte par l'auteure.

  Portia et Mrs Irene Jones?

   Souvent comparée aux enquêtes de Wells & Wong sorties simultanément dans un genre très proche, cette série est donc moins un hommage aux whodunit à la Agatha Christie (tel que le fait Robin Stevens) qu'aux énigmes holmesiennes, dans le fond comme dans la forme, puisque ce premier tome s'avère être un recueil de trois récits, évoquant ainsi les compilations de nouvelles originales. Outre la première histoire constituée d'un peu moins de 200 pages, les deux suivantes, d'une centaine, nous rappellent vraiment les nouvelles policières d'antan. Portia, sans vraiment se revendiquer détective, ne résiste pas à la curiosité de se pencher sur les mystères qui défrayent la chronique ou que lui présentent ses proches, ce que sa tutrice semble veiller d'un œil ambivalent. Les univers évoqués, riches et passionnants, changent d'une histoire à l'autre : une première enquête dans les rues londoniennes à la recherche de bijoux volés, puis une histoire très différentes très inspirée du gothique anglais, et enfin un dernier récit passionnant en huit-clos à bord du Flying Scotsman, train à destination d'Edimbourg, qui n'est pas sans évoquer quelques polars hitchcockiens (On pense notament à Une femme disparait). Les cadres spatio-temporels des énigmes sont courts et concis mais on y retrouve surtout ce caractère quasi impossible du mystère qui fait que c'est à chaque fois la solution la plus improbable qui est la bonne, comme l'expliquait Holmes lui-même. C'est en effet en parcourant les notes et préceptes consignés dans les notes de son grand-père que Portia trouve les moyens de résoudre ces énigmes, ce qui constitue pour le lecteur en de passionnants clins d’œils!


Le Flying Scotsman en 1929.

  Mais au delà de l'hommage, la série des Portia Adams remporte l'adhésion du lecteur grâce à deux éléments notables. Tout d'abord, ses personnages : tous très bien dessinés, de l'énigmatique Irène Jones au charmant Brian qui permet à Portia ses entrées à Scotland Yard, sans oublier évidemment Portia elle-même, très attachante. Enfin, si plusieurs récits indépendants se succèdent, Portia continue d'enquêter en filigrane sur ses ancêtres et sur les secrets dont elle est certaine que sa tutrice persiste à lui cacher, ce qui constitue une excellente toile de fond. Et si on y trouve des résolutions capitales à la fin du troisième récit, cela attise encore plus notre curiosité quant à la suite de la série!

Portia à bord du Flying Scotsman, dessin de l'auteure Angela Misri.

En bref: Une nouvelle série qui parvient à exploiter l'univers de Conan Doyle sans s'oublier elle-même, et qui présente très vite ses propres arguments et intérêts. Une héroïne attachante dans le Londres de 1930, partagée entre sa curiosité pour les affaires criminelles et son désirs de mieux comprendre ses origines. Des récits originaux doublés de pétillantes références au canon holmesien. On espère vivement une traduction française pour que cette série puisse bénéficier d'un plus large public!



Et pour aller plus loin...