samedi 3 septembre 2016

Un coupable presque parfait (Les enquêtes trépidantes du club Wells & Wong #1) - Robin Stevens.

Murder most unladylike (Wells & Wong #1), Corgi, 2014 - Editions Flammarion jeunesse (trad. de F.Fiore), 2016.

– Tu es sûre que nous ne devrions pas plutôt prévenir la police ?
– Ne dis pas de sottises. Nous n’avons aucune preuve. Pas même un cadavre. On se moquerait de nous. Non, nous devons résoudre cette affaire toutes seules.

  Lorsque Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence de détectives privés, elles espèrent débusquer une enquête digne de ce nom. Tout bascule subitement le jour où Hazel découvre la prof de sciences étendue dans le gymnase. Le temps d’aller chercher Daisy, le corps a disparu. Dès lors, il ne s’agit plus seulement d’un crime à résoudre mais d’un crime à prouver, et ce, avant que le coupable ne frappe de nouveau. Chaque minute compte lorsque tout indique que le meurtrier est là, coincé à vos côtés, dans l’école où vous vivez. 

***

  Voilà plus d'un an qu'une amie me parlait de ce roman, m'assurant qu'il ne pouvait que me plaire. La raison? Des éléments qui m'enthousiasment tout particulièrement, et dont on me sait fervent adorateur : une histoire en huis-clos dans un internat anglais, les années 30 comme toile de fond, et une intrigue à la Agatha Christie. En quelques mots accrocheurs : "Meurtre dans un pensionnat anglais". Bref, quoi de plus tentant pour cette rentrée littéraire?

couvertures des éditions anglaise et américaine.

  Pensionnat de Deepdean, année 1934. Hazel, jeune collégienne d'origine asiatique, s'est liée d'amitié avec l'imperturbable et flegmatique Daisy. La jeune anglaise, d'une rare intelligence, s'adonne à diverses passions avec un dilettantisme acharné, entrainant sa nouvelle amie dans ses fantaisies. Aussi, lorsque Hazel découvre par hasard le cadavre de leur professeure de sciences, Daisy décide de se lancer dans une enquête pour le compte de leur récent "club de détective". A la façon d'Holmes et Watson, Daisy fait fonctionner ses cellule grises tandis qu'Hazel prend des notes et raconte leurs investigations. Très vite, il apparait que chaque professeur a une raison d'être le meurtrier et tandis que l'affaire se corse, elle devient aussi de plus en plus dangereuse...

Carte de Deepdean

  Que vous dire de cette lecture, si ce n'est que du bon? Certes, l'ouvrage aurait pour commencer mérité d'un titre plus proche de l'original, ne serait-ce que pour respecter l'esprit du roman (Murder most unladylike, que l'on aurait pu traduire par Un meurtre peu distingué, un intitulé à lui seul si décalé...). Mais nous saurons oublier ce petit bémol pour nous attacher à l'histoire, excellemment bien construite et complexe à souhait, contrairement à ce qu'on pourrait craindre d'un roman jeunesse. En effet, loin de sous-estimer son lectorat, Robin Stevens n'hésite pas à mettre au centre de son intrigue un véritable meurtre, et non pas seulement un vol ou une disparition comme s'y cantonnent souvent les romans policiers à destination de la jeunesse. L'enquête elle-même, si elle semble démarrer très rapidement et un peu trop facilement, ne tarde pas à devenir plus ardue et satisfera les passionnés du genres.

 Les filles de Deepdean?

  Dès lors, qualités de l'intrigue et atmosphères confondues, on ne peut effectivement que songer à Agatha Christie, et particulièrement au roman Le chat et les pigeons, qui se déroule dans un pensionnat de jeunes filles très "comme il faut". J'ai également pensé aux Enquêtes des soeurs Parkers, série oubliée de la bibliothèque verte écrite par l'auteure d'Alice détective/Nancy Drew, et qui prenait là aussi place dans un pensionnat de jeunes filles. Cette plongée dans l'univers des écoles anglaises est des plus exaltantes et l'on s'amuse de cet univers si particulier ainsi que des coutumes qui y sont rattachées : le rythme d'internat réglé comme une horloge, les fêtes nocturnes dans les dortoirs, les sermons matinaux, les lunch-box cachées sous le matelas, les préfets, les "castes" qui se forment... bref, une petite fourmilière délicieusement vintage qu'on adooooore voir ébranlée d'un bon meurtre bien sanglant!


  Pour autant, rien de trop sombre dans cette histoire qui, esprit british oblige, fait la part belle à l'humour, ici grâce à ses deux héroïnes. La narratrice, Hazel, gauche et souvent drôle malgré-elle, permet l'identification du lecteur et nous apporte de belles tranches de rire même dans les moments les plus dramatiques. Cependant, j'émets encore quelques réserves en ce qui concerne Daisy, dont la personnalité la rend difficilement crédible. A l'image d'un Sherlock Holmes ou d'un Poirot, il semble que Robin Stevens ait souhaité faire d'elle une de ces figures d'enquêteurs qui vivent et évoluent avec cet étrange décalage par rapport à leur environnement, et que l'esprit analytique rend imperturbable même dans les circonstances les plus tragiques. Ce que Alan Bradley avait par exemple réussit avec brio avec Flavia de Luce, sa jeune détective surdouée, flegmatique, ironique et parfois même caustique à souhait mais en même temps profondément aboutie et même attachante, Robin Stevens n'y arrive pas avec la même finesse. Sa Daisy nous semble très lointaine, un peu floue, et le lecteur pourra se la représenter difficilement, ce qu'on espère voir évoluer avec les futurs tomes de cette série prometteuse.


  En bref : Si les personnages ne sont pas tous aboutis, ce roman policier très old school bénéficie d'une intrigue rondement menée, que le cadre de l'internat à l'ancienne rend d'autant plus attrayante. Drôle et exaltant, un premier tome qui rend un bel hommage à Agatha Christie. On a hâte de lire les suivant!


Un grand merci à Flammarion pour cette pépite!



Et pour aller plus loin...


-Si vous avez aimé ce roman, vous aimerez sans doute:

  -Le chat et les pigeons, d'Agatha Christie, pour lequel Un coupable presque parfait constitue une excellente entrée en matière.

-La série jeunesse des Soeurs Parker, pour plus d'enquêtes dans le cadre délicieusement vintage des pensionnats old school.

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